My Beautiful Twisted Dark Fantasy

Être à New York un dimanche soir en plein cœur d’un grand parc dont j’oublie le nom, entourée de milliers de personnes, Kanye qui arrive sur scène.

Cent cinquante milles personnes qui l’acclament. Me tourner vers celui qui était à ma droite, se regarder une seconde dans les yeux et finir par s’embrasser comme on n’avait jamais pensé s’embrasser.

Comme j’aurais jamais pu espérer qu’on m’embrasse.

Fastforward des années plus tard, lui dire bye en fin de soirée. Me trouver raisonnable et bonne. Être heureuse de pouvoir repartir sur de bonnes bases, sur des points communs platoniques. On y croyait. Mais pour ensuite respirer trop proche de lui, le sentir hésiter, le sentir espérer, repenser à New York, et l’embrasser seulement comme on savait s’embrasser.

Si on en revient à l’essentiel, malgré tout ce que ces premières lignes peuvent laisser croire, ce festival ne se résume pas qu’à ces frenchs et ce fameux dernier show pas-possible – même si ça aurait pu être en masse.

La journée du dimanche avait été la plus belle, mais la plupart des festivaliers du moment se souviennent sans doute plus du vendredi à pleuvoir des cordes qui font mal.

Ça avait forcé les organisateurs à faire évacuer et empêcher des milliers de personnes à rebrousser le chemin à peine 17h, la bouette jusqu’à mi-mollet et le réseau cellulaire pratiquement nul. Je ne sais pas si vous avez déjà été entouré de 100 000 personnes sans pouvoir voir ou bouger comme bon vous semble, non seulement parce qu’il y a beaucoup de monde, mais parce que Dame Nature en a décidé autrement, mais c’est un peu paniquant, anxiogène ou un autre synonyme à la mode. Et je vous épargne la description de la trentaine de minutes où Laurie et moi on s’est perdue de vue, sans moyen de s’appeler.

Le soleil faisait son possible le lendemain pour sécher l’île qui devait nous raccueillir, mais même les changements climatiques de vingt ans plus tard n’auraient pas pu faire évaporer tout ce qui était tombé la veille en si peu de temps. Ça m’aura valu des shorts pleines de boue (à force de perdre pied dans les dénivelés), plus de fous rires partagés avec l’amie qui m’accompagnaient et des chaussures à laver et sécher à la machine chaque soir, à défaut d’en avoir apportées d’autre (l’erreur à ne pas faire).

Guns N Roses jouait le samedi soir, en plus d’un jeune Kendrick Lamar, Kings of Leon l’avant-veille, Beach House et un paquet d’autres noms que j’écoute encore dix ans plus tard. Et c’était pratiquement du p’tit change comparativement à celui qui avait accepté de closer le festival.

Dinosaur Jr., Cut Copy, Alt-J, Edward Sharpe & the Magnetic Zeros. Tous des noms que j’ai à peine eu le temps d’écouter (mais qui hantent encore mes écouteurs) puisque ça prenait le double de temps se déplacer et si on restait trop longtemps à un show, on n’avait pas le temps d’assister au prochain.

J’ai dit tantôt que Guns était du p’tit change dans le line up du weekend, mais c’était tout de même une sacrée prestation. Je m’en souviens encore, et c’est rare que je me souvienne complètement de spectacles qui ne se retrouvent pas dans mes highlights Instagram.

Tout comme Wild Nothing, Japandroids, et Cut Copy ce jour-là qu’on entendait proche ou au loin en se rendant à un autre show. C’est sans doute là que le FOMO est né chez moi ce weekend-là.

On s’est croisé en arrivant à Japandroids d’ailleurs, lui et moi. Il était encore tôt pendant la journée, et je savais qu’il était censé être à ce festival… mais les probabilités de croiser quelqu’un qu’on connait dans un festival sont très faibles si on ne se donne pas rendez-vous.

Les chances que je le vois à cinquante mètres de nous comme ça me donnaient envie de m’acheter un 6/49.

On s’est rapproché après avoir eu un eye contact satisfaisant, on s’est présenté nos amis par politesse (lui Guillaume, moi Laurie) et on a écouté le plus longtemps possible le show devant nous jusqu’à ce qu’on aille à se quitter pour un autre groupe différent.

On s’est recroisé de loin quatre heures plus tard – encore à un 6/49 près – à temps pour entendre Axl Rose chanter tous ses plus grands classiques.

Si on pensait que le samedi avait été improbable, le dimanche nous laisserait sans mot.

Portugal. The Man, Beirut, Gary Clark Jr., The xx, mais au bout du compte c’était à peine ça qui comptait. Même si ça compte pour pas-pire.

On s’est recroisé comme de fait. Est-ce qu’on s’était écrit pour se tenir au courant de nos plans? Je ne m’en souviens pas, mais j’aimerais croire que non. On a décidé de manquer les quelques derniers shows du dimanche pour avoir de meilleures places pour Kanye.

Rien de tout ça aurait pu être prédit, et en même temps c’était tellement prévisible.

Être à New York un dimanche soir en plein cœur d’un grand parc dont j’oublie le nom, entourée de plus de gens que je ne peux l’imaginer, Kanye qui arrive sur scène. Le voir marcher sur le catwalk pendant que cent cinquante milles personnes l’acclament. Commencer à chanter fort Black Skinhead. Pis New Slaves. Pis Power. Me tourner vers celui qui était à ma droite, se regarder une seconde dans les yeux et finir par s’embrasser sans hésitation comme on n’avait jamais pensé s’embrasser.

Le festival termine avec des feux d’artifice. Littéralement.
On part chacun de notre côté. Je me remets des parcelles d’émotions vécues, un pas à la fois.

Je me satisfais aux flashs de mémoire qui traversent mon esprit jusqu’à ce que s’évapore l’humidité de mes chaussures après trois jours de festival.

J’ai l’impression d’oublier quelque chose, comme si une partie de moi allait y rester.

My Beautiful Dark Twisted Fantasy, cheers.


Tu me donnes le goût qu’on s’achète des passes pour Glastonbury sans savoir la programmation ou la température.
Tu me donnes le goût de t’inviter au chalet annuel à Baie St-Paul la fin de semaine du Festif, parce que c’est le seul que t’as pas fait et celui que je suis le plus familière.
Tu me donnes le goût qu’on soit patient, moi avec ton coeur, toi avec mon corps.

Tu me fais vouloir dormir très peu.
Tu me fais vouloir passer beaucoup de temps dans un lit.
Tu me fais vouloir reconsidérer la maternité.
Sans pouvoir te la donner.

Published by MARYLOUGB

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